Management et intelligence émotionnelle : comment être assertif dans les conversations difficiles

Management et intelligence émotionnelle : comment être assertif dans les conversations difficiles et tenir sa posture managériale sous pression.

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Management et intelligence émotionnelle : comment être assertif dans les conversations difficiles
Photo by Lexi / Unsplash

« Il faut être assertif. »

Dans les organisations, ce conseil revient souvent lorsqu’il s’agit de gérer une situation délicate : recadrer un collaborateur, annoncer une décision impopulaire, rappeler un cadre qui n’est plus respecté.

Sur le principe, tout le monde est d’accord. Dans la pratique, c’est souvent beaucoup plus difficile. Car les moments où l’assertivité est nécessaire sont précisément ceux où la pression émotionnelle est la plus forte. Et c’est là que les choses se jouent réellement pour un manager ou un dirigeant.

Pourquoi l’assertivité devient-elle si difficile dans les situations de management sous tension ?

Dans les entreprises que j’accompagne, les conversations difficiles ne manquent pas.

Un manager doit dire à un collaborateur que la qualité du travail n’est plus au niveau attendu.
Un dirigeant doit annoncer une décision commerciale qui aura des conséquences pour l’équipe.
Un responsable de service doit rappeler des règles qui ont été ignorées à plusieurs reprises.

Sur le papier, la situation est claire. Dans la réalité, elle est chargée d’enjeux humains et émotionnels que l'on peut retrouver dans toutes organisations: la pression du résultat, les délais à tenir, la responsabilité vis-à-vis de l’équipe,
la crainte de dégrader la relation.

Et très souvent, une émotion qui arrive : irritation, frustration, inquiétude… parfois même de la colère.

Dans ces moments-là, deux réactions apparaissent presque mécaniquement.

La première consiste à éviter la conversation.
On repousse. On espère que la situation va se réguler d’elle-même.

La seconde consiste à dire les choses trop brutalement.
Le message passe, mais la relation se dégrade.

🔶L’assertivité se situe précisément entre ces deux extrêmes.

Elle consiste à dire clairement ce qui doit être dit, sans détour et sans agressivité, tout en respectant la personne en face.

Ce qui se passe vraiment : le rôle de l’intelligence émotionnelle dans l’assertivité

L’assertivité n’est pas qu’une technique de communication. C’est avant tout une capacité à réguler ce qui se passe en soi avant de s’exprimer.

Lorsque nous sommes sous pression, notre cerveau privilégie les réactions rapides : attaquer, se défendre, ou éviter. Ce mécanisme est normal. Il est lié à notre fonctionnement neurologique.

Dans un contexte professionnel exigeant, cela peut rapidement conduire à des comportements contre-productifs :

  • une remarque formulée trop sèchement
  • une discussion reportée trop longtemps
  • une tension relationnelle qui s’installe dans l’équipe

Développer son intelligence émotionnelle consiste justement à identifier ce qui se passe en nous dans ces moments-là : l’irritation, la frustration, la peur de créer un conflit. Ce travail permet de retrouver une marge de manœuvre.

Mais soyons réalistes : dans le rythme des organisations actuelles, il n’est pas toujours possible de prendre beaucoup de recul avant une conversation importante.

C’est pour cela que certains repères simples peuvent être très utiles.

Comment être assertif concrètement dans une conversation difficile ?

Dans les accompagnements managériaux que je mène, je propose souvent un outil simple, immédiatement applicable.

🔶Il consiste à annoncer son intention au début de la conversation.

Par exemple :

« J’ai besoin de te dire quelque chose d’important. »
« J’ai besoin d’être transparent avec toi sur cette situation. »
« J’ai besoin que nous parlions d’un point qui me pose problème. »
« J’ai besoin de te dire quelque chose qui ne va pas être facile à entendre.
»

Cette manière de commencer une discussion produit plusieurs effets immédiats.

D’abord, elle prépare l’autre à écouter. La personne comprend qu’il s’agit d’un échange important. Ensuite, elle pose un cadre relationnel clair. On n’attaque pas la personne. On exprime ce qui doit être dit. Enfin, elle permet souvent au manager de ralentir le rythme de la conversation : ton de voix plus posé, formulation plus réfléchie, message plus clair.

Le contenu du message reste exigeant. Mais la manière de le porter change profondément la dynamique de l’échange. Et dans une organisation, cette différence est loin d’être anodine. Une conversation difficile bien menée, peut clarifier une situation, responsabiliser un collaborateur et rétablir un fonctionnement efficace. La même conversation mal conduite peut créer de la résistance, de la démotivation ou de l’incompréhension.

C’est là que la posture managériale prend toute son importance.

Dans les organisations, les conversations difficiles sont inévitables.

Un manager ou un dirigeant ne peut pas les éviter durablement sans que cela ait un impact sur la performance de l’équipe, la clarté des décisions ou la qualité des relations de travail.

L’assertivité n’est pas une formule magique. Ce n’est pas non plus un simple outil de communication.

🚨C’est une posture de responsabilité : dire ce qui doit être dit, au bon moment, de manière claire et respectueuse.

Et souvent, la difficulté n’est pas de savoir quoi dire. Elle est d’accepter d’avoir la conversation.

Alors une question mérite peut-être d’être posée : Quelle conversation importante repoussez-vous aujourd’hui… alors qu’elle permettrait de clarifier la situation ?