Management d’équipe : accepter l’inacceptable détruit toujours la performance collective

Management d’équipe : pourquoi accepter les comportements inappropriés finit toujours par coûter cher au collectif.

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Management d’équipe : accepter l’inacceptable détruit toujours la performance collective
Photo by Kim Green / Unsplash

Dans les entreprises, les équipes ne se fragilisent pas uniquement à cause des grandes crises. Elles s’usent souvent plus silencieusement : par des comportements inappropriés que tout le monde voit… mais que personne ne traite réellement.

On évite par peur du conflit, par fatigue, par habitude aussi…

Et pourtant, accepter l’inacceptable finit toujours par avoir un coût humain, relationnel et opérationnel. J’en ai eu récemment une illustration très concrète.

Pourquoi certains comportements toxiques finissent par épuiser tout un collectif ?

Je participe chaque semaine à un groupe professionnel composé d’hommes et de femmes que j’ai choisis pour leur professionnalisme, la qualité du cadre, les règles de fonctionnement et surtout l’esprit de coopération qui s’en dégage.

Un collectif où l’écoute, la convivialité et le respect ont une vraie place.

Lors de notre dernière réunion, une participante a eu une communication particulièrement difficile, qui s’est traduit par de la rigidité extrême, du jugement immédiat, de l’absence d’écoute, de l’incapacité à envisager un autre point de vue, et une application des règles sans aucune intelligence relationnelle.

Et très vite, j’ai observé quelque chose immédiatement dans le groupe. L’énergie s’est figée et les échanges se sont espacés, voire tendus.

Certaines personnes se sont tues. D’autres ont essayé de contourner la situation pour “sauver” la dynamique collective.

Ce type de scène, je le rencontre régulièrement dans les entreprises que j’accompagne. Et ce qui me frappe souvent, ce n’est pas uniquement le comportement problématique. C’est surtout le silence autour.

Parce qu’en réalité, cette scène n’était pas nouvelle pour le groupe. Tout le monde semblait la désapprouver intérieurement. Mais personne ne disait rien.

On glisse sur le problème, on compense, on contourne et on s’adapte.

🔸Autrement dit : on accepte progressivement l’inacceptable.

Que se passe-t-il dans une équipe lorsqu’on laisse les dysfonctionnements s’installer ?

C’est ici qu’un mécanisme collectif très dangereux apparaît. Lorsqu’un comportement inapproprié n’est pas traité, l’équipe commence à dépenser une énergie considérable non plus pour avancer… mais pour gérer les conséquences du problème.

🔸Et cette énergie perdue est immense.

Après cette réunion, chacun cherchait déjà comment il allait compenser la tension créée, réparer la relation. Et puis il fallait maintenir le fonctionnement du groupe malgré tout, éviter que cela se reproduise, voire protéger certaines personnes.

🔸Autrement dit : une partie importante de l’intelligence collective était mobilisée uniquement pour absorber un dysfonctionnement.

C’est exactement ce qui se passe dans beaucoup d’équipes.

Un seul comportement mal régulé peut finir par impacter profondément un collectif entier.

Cela rappelle d’ailleurs une réalité bien connue dans les organisations : une minorité de comportements dysfonctionnels peut désorganiser l’énergie et l’efficacité de la majorité. Règle des 20/80.

Et pourtant, combien de managers ou de dirigeants choisissent encore de ne pas intervenir ?

Bien-sûr, ils craignent de créer un conflit, d’être perçus comme “la personne pénible”, de détériorer la relation, ou simplement parce qu’ils espèrent que le problème se réglera seul.

Mais dans les faits, ce non-traitement crée souvent davantage de dégâts que l’intervention elle-même.

Pourquoi le courage managérial est devenu un enjeu de performance

Dans les accompagnements que je mène auprès de dirigeants et de managers, je le constate que :
le problème n’est pas toujours l’existence d’un comportement inapproprié.

🔸Le vrai problème est ce que l’organisation accepte de tolérer.

Parce qu’à partir du moment où un comportement nuisible est laissé sans régulation, un message implicite est envoyé au collectif : “Finalement, cela reste acceptable.”

En revanche, les conséquences sont très concrètes. C’est une perte de confiance, un désengagement silencieux, une fatigue relationnelle, des tensions diffuses, une baisse de coopération, un ralentissement des décisions, et au final un épuisement des managers et des collaborateurs qui compensent en permanence.

🔸À long terme, cela fragilise profondément la culture d’entreprise.

Il est important de préciser une chose essentielle : intervenir ne signifie pas juger une personne dans sa globalité.

La question n’est jamais :
“Est-ce une bonne ou une mauvaise personne ?”

La vraie question est :
“Le comportement adopté à ce moment-là est-il acceptable pour le fonctionnement du collectif ?”

🔸Cette nuance change tout.

Parce qu’un manager ou un dirigeant n’est pas là pour condamner les individus. Il est là pour protéger le cadre de travail, la coopération et les conditions de performance collective.

Et cela demande du courage.

Le courage de nommer un problème et de poser une limite. Le courage d’ouvrir une discussion inconfortable.

Et j’ai choisi d’intervenir ce jour-là auprès de mon groupe. Pas parce que cela était agréable.
Pas parce que je n’avais aucune crainte. Au contraire.

Comme beaucoup, je pouvais craindre d’être perçue comme “celle qui dérange”.

Mais quelque chose me semblait plus important : la responsabilité envers le collectif. Il y a une forme d’engagement relationnel qui est essentiel pour moi.

Et ce qui m’a marquée ensuite, ce sont les réactions de plusieurs membres du groupe qui m’ont dit :

“Merci de l’avoir fait. Nous pensions la même chose, mais nous n’osions pas intervenir.”

C’est précisément ce qui se joue dans beaucoup d’équipes aujourd’hui. Des personnes voient les dysfonctionnements, et les ressentent fortement. Mais n’osent plus les traiter.

CONCLUSION

Une entreprise ne se dégrade pas uniquement à cause de mauvaises stratégies.

Elle se fragilise aussi lorsqu’elle laisse s’installer des comportements qui abîment progressivement la confiance et l’énergie collective.

Le véritable enjeu managérial n’est pas d’éviter toutes les tensions. C’est d’empêcher qu’elles deviennent des normes silencieuses que plus personne n’ose remettre en question.

Parce qu’au fond, ce que vous tolérez aujourd’hui finit toujours par définir la culture que vous construisez demain.